Dans une Guinée en pleine construction, il fut l’un des premiers à oser créer, innover, entreprendre. Son nom reste associé à l’audace industrielle, mais aussi à l’injustice politique. Portrait d’un homme en avance sur son temps


El Hadj Aribot Souleymane, surnommé Aribot Soda, figure marquante et encore trop méconnue de l’histoire économique et politique de la Guinée post-indépendance. Dans les années1960-1970, à une époque où peu osaient, il a fondé la première unité artisanale de fabrication de soda en Guinée, posant les jalons d’un entrepreneuriat local, visionnaire et audacieux.

Issu d’une famille active dans le commerce et l’agriculture, Aribot parvient à conjuguer ces deux héritages avec intelligence. Il devient un grand planteur à Manquepas (Conakry I), tout en mettant sur pied un vaste réseau de magasins, entrepôts et boutiques, ce qui fera de lui un acteur économique influent dans la capitale.



Entre business, convictions et courage politique

En parallèle, il s’est engagé politiquement, assumant la présidence du Comité du Parti Démocratique de Guinée (PDG) à Conakry I. Il est également le fondateur d’un parti politique dans la région du Moréah, témoignant de son désir de voir émerger un paysage politique plus pluraliste.

Arrestation, détention et silence forcé

Dans un contexte marqué par la répression et les purges politiques du régime de Sékou Touré, Aribot Soda est arrêté en 1971. Sans bénéficier d’un procès juste, il est condamné aux travaux forcés à perpétuité, puis interné au camp Boiro et à Kindia, où il endure des conditions de détention extrêmement rudes.

Il est exécuté dans la nuit du 30 au 31 juillet 1971, victime de l’appareil répressif du régime. Comme des centaines d’autres guinéens, son nom est rayé des registres officiels, mais jamais de la mémoire populaire.

Héritage : une figure à transmettre

Aujourd’hui, Aribot Soda demeure un symbole d’innovation, de courage et d’indépendance d’esprit. À travers son histoire, son parcours rappelle à la jeunesse que la liberté économique et politique a souvent été un combat ardu, mais que la persévérance et la créativité restent des clés pour bâtir un avenir meilleur.

Créer, c’est résister. Résister, c’est aussi exister.

Ce portrait est un appel à se souvenir, à raconter et à honorer celles et ceux qui ont posé des actes forts pour une Guinée libre, entreprenante et digne.

Cette année marque les 54 ans de la disparition tragique de Souleymane Aribot

Nous lui rendons hommage à notre manière, avec nos mots, notre mémoire et notre engagement.

Parce que l’Histoire, quelle que soit sa couleur, doit être racontée.

Et parce que certaines voix, même réduites au silence, continuent de résonner.

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