L’hommage de Khady Touré

Cette année marque les 54 ans de la disparition tragique d’El Hadj Souleymane Aribot, que beaucoup connaissaient sous le nom d’Aribot Soda.

Pionnier de l’entrepreneuriat en Guinée, il fut le premier à créer une unité artisanale de fabrication de soda dans le pays.

Grand planteur, commerçant, bâtisseur, il croyait profondément au potentiel local et à la force d’une Guinée qui se construit par elle-même.

Il croyait aussi en la liberté d’expression, en le pluralisme, en la possibilité de rêver autrement pour son pays.

En 1971, dans un contexte marqué par la répression, il est arrêté, condamné sans procès, puis exécuté dans la nuit du 30 au 31 juillet.

Il n’a pas eu droit à la justice.

Mais il a droit à la mémoire.

Aujourd’hui, je choisis de lui rendre hommage.

Pas pour raviver la douleur.

Mais pour rappeler que certains noms méritent d’être dits.

Que certains parcours, même brisés, continuent d’éclairer les nôtres.

Que l’histoire, quelle qu’elle soit, mérite d’être racontée avec vérité, avec respect, avec paix.

Parce qu’honorer les disparus, c’est transmettre.

Et transmettre, c’est refuser que l’oubli efface le courage.

Souleymane Aribot, vous restez un symbole de dignité, d’innovation et d’intégrité.

54 ans plus tard, nous vous disons simplement : on ne vous oublie pas.

Puissiez-vous reposer en paix. Vous ne serez pas oublié ..

Avec engagement,

— Khady Touré

El Hadj Souleymane Aribot ( 1915/1971)

Une vague d’émotions en Guinée

Cet hommage a suscité de vives réactions à travers le pays et dans la diaspora.

Beaucoup ont découvert l’histoire de cet homme visionnaire et sa filiation avec Baidy Aribot, établissant un lien direct avec l’une des figures publiques actuelles.

Entre fierté, nostalgie et indignation face aux injustices de l’époque, cet hommage a réveillé une mémoire collective longtemps enfouie.

Pour certains, c’est une page d’histoire nationale qui se rouvre ; pour d’autres, c’est un symbole qui renaît et rappelle qu’aucune société ne peut avancer sans se souvenir.

Le témoignage de son fils, Nfaly Aribot

À la suite de cet élan mémoriel, son fils Nfaly Aribot a pris la parole et partagé à son tours un vibrant message :

Hommage à El Hadj Aribot Souleymane SODA (1915 – 1971) – Mon père

« À l’occasion du 54ᵉ anniversaire de sa disparition dans les geôles du fameux Camp Boiro, je rends hommage à mon père, El Hadj Souleymane Aribot, que beaucoup appelaient SODA.

Il avait 56 ans lorsqu’il fut arraché brutalement à sa famille. Arrêté le 21 janvier 1971, le même jour que ma mère, feu Guinémengué Fofana, après l’agression du 22 novembre 1970, qu’il avait pourtant vaillamment défendue avec la milice populaire de Kaloum pour protéger son quartier Boulbinet. Il fut exécuté le 31 juillet 1971 au Camp Boiro.

Guinémenguei Fofana

Comme pour dire qu’une révolution se nourrit parfois du sang de ses propres enfants.

“IL”, c’est El Hadj Souleymane Aribot alias SODA. »

Un homme d’exception

Fils d’El Hadj Youssouf Aribot, fondateur de la dynastie Aribot (qui compte aujourd’hui près de 1000 descendants), Soda a choisi très tôt la voie de l’action. Contrairement à ses frères et sœurs diplômés de William Ponty, il se lança dans la vie active juste après son CEP :

  • Employé à Câbles de France
  • Commerçant et planteur
  • 2ᵉ producteur de bananes en Guinée avec les marques Soda et Doda
  • Propriétaire foncier d’une dizaine de concessions
  • Conseiller municipal de Conakry
  • Vice-président de la Chambre Économique aux côtés de Baïdy Gueye
  • Président du comité PDG-RDA de Boulbinet (Kaloum)

Ses distinctions et exploits

  • 1er détenteur d’un permis de port d’armes avant l’indépendance
  • 2ᵉ producteur et exportateur de bananes avec sa société DODA
  • Co-fondateur du célèbre Racing Club de Conakry

Un engagement historique

Bien avant l’indépendance, Soda avait marqué son époque.

En 1946, lors des premières émeutes de Conakry, il brave les colons après l’assassinat d’un élève à Gnun-Kouyeyah (Kaloum).

Arrêté, jugé, condamné à mort, il est déporté à Dakar avant d’être transféré à Fotoba, puis libéré grâce à l’amnistie de 1946.

Ses frères et sœurs ont également marqué l’histoire :

  • Soriba Aribot (1904-1981) : Administrateur civil en 1928, Directeur Général des Finances
  • Mamadou Aribot (1907-1979) : Pionnier de l’enseignement
  • Dr Abou Aribot (1909-1969) : Médecin reconnu au Sénégal
  • Karim Aribot (1918-1958) : Chef de bataillon de l’armée française
  • Fatou Aribot (1924-1994) : Première femme vice-présidente de l’Assemblée nationale et première femme gouverneure de région

Une mémoire à transmettre

54 ans après sa disparition, l’hommage de Khady Touré et le témoignage de Nfaly Aribot rappellent une évidence : la Guinée a besoin de ses mémoires vivantes.

Parce que connaître l’histoire d’hommes comme Aribot Soda, c’est aussi comprendre la force d’un peuple et de ses racines.

Une réponse à « Vibrant hommage à Aribot Soda : Khady Touré ravive la mémoire d’un patriote et crée une nostalgie collective »

  1. Paix à son âme

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