Le 27 août 1958 reste une date charnière dans l’histoire de la Guinée. Ce jour-là, le général Charles de Gaulle foulait le sol de Conakry pour défendre le projet de Communauté française, quelques semaines avant le référendum qui allait sceller le destin du pays.

À travers un récit transmis par Baidy Aribot, son grand frère Nfanly Aribot revient sur cette journée marquée par l’effervescence et l’attente d’un peuple au seuil de son indépendance.

À Forécariah, après plusieurs semaines de vacances scolaires, la famille Aribot s’apprêtait à rejoindre Conakry. La voiture familiale, une Ford Versailles appartenant à feu Souleymane Aribot Soda, compagnon de l’indépendance, avait été réquisitionnée pour intégrer le cortège officiel d’accueil. Thierno, le chauffeur de confiance, vêtu avec élégance de son képi, prenait place derrière le volant.

Autour du jeune Nfanly Aribot, une bande d’adolescents se formait à Manquepas. Parmi eux, Aly Aribot Bitiki plus tardivement « Bond », Daffé Sékou Amadou, William Joseph Saundes, Aboubacar Bingo Touré dit Himler ou encore Da Sylva José. Tous voulaient assister à l’événement exceptionnel : l’arrivée du chef de l’État français.

Leur voisin, Ansoumane Bangoura, élève du prestigieux Lycée classique et neveu de la militante Mafory Bangoura, leur expliquait déjà la portée politique de cette visite. Les jeunes, encore marqués par l’enseignement strict de leur maître, M. Seck Bahi, s’étaient rassemblés devant l’Assemblée nationale.

Dans une atmosphère surchauffée, les chants populaires en soussou laissaient place aux discours officiels. Ahmed Sékou Touré, alors peu connu de la jeunesse, surprit l’auditoire par un français clair et maîtrisé. Puis vint le discours de De Gaulle, accueilli avec un mélange de curiosité et de ferveur. La foule, immense, forçait chacun à se frayer un chemin pour apercevoir les deux hommes.

À la fin de la cérémonie, le groupe d’amis erra vers l’hôtel de France et la plage Perrone. Thierno, interrogé sur les personnalités françaises qu’il avait transportées, cita maladroitement « Messer », faisant référence à Pierre Messmer, ministre de la Défense.

Ce n’est que plus tard, en lisant le journal Liberté, que les jeunes comprirent pleinement l’enjeu de la visite : préparer le référendum du 28 septembre 1958. Un vote historique qui conduira au « non » de la Guinée et à la proclamation de l’indépendance le 2 octobre 1958.

« Nfa aly » Aribot dit qu’il se souvient aussi de ses camarades plus politisés, tels que O’Connor Georges, Kaba Mory ou Bangoura Ousmane dit Noël, qui tentaient d’expliquer les bouleversements en cours lors de leurs rencontres de quartier. Entre insouciance adolescente et éveil politique, ils pressentaient déjà l’avènement d’une nouvelle ère.

« Et vint la liberté », conclut Aly Aribot, évoquant ce moment où une nation choisit son destin..

Ce récit, livré par Nfanly Aribot, demeure un témoignage personnel. Il reflète sa mémoire des événements. S’il est authentique, il constitue un fragment précieux de la mémoire populaire de l’indépendance guinéenne.

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