Béninois d’origine et ami proche du président Ahmed Sékou Touré, Roger Quenum fait partie de ces figures oubliées qui ont contribué, dans l’ombre, à la consolidation de la jeune République de Guinée. Alors qu’il poursuivait ses études en France, il choisit en 1958 d’abandonner tout avenir personnel pour se mettre au service du pays du « non ».

Au lendemain du départ précipité de l’administration française, la Guinée devait combler un vide immense dans tous les domaines. C’est alors que des panafricanistes convaincus comme Roger Quenum répondirent à l’appel de Sékou Touré. Ingénieur de formation, il intègre le ministère des Travaux publics et y occupe plusieurs postes techniques. Il dirige notamment les subdivisions de Boké, Labé et Macenta, avant de devenir chef adjoint du service des routes, puis inspecteur général des Travaux publics après la mort de Sékou Touré.

Parmi ses réalisations, on lui attribue la conduite des travaux de bitumage de la route de Dixinn au pont 8 Novembre, ainsi que la construction du pont sur la rivière Komba. Son engagement désintéressé, souvent bénévole, lui valut d’être parfois qualifié de « maudit », tant son abnégation contrastait avec la dureté de certaines époques.

Mais derrière cette carrière exemplaire se cache une injustice persistante. Comme le rapporte Guineenews, en 1962, Roger Quenum signe un contrat de location-vente avec l’État pour une maison à Coléah. Muté à Kankan en 1964, il ne peut y résider. L’État y loge d’autres personnes, dont le capitaine Siaka Touré, neveu du chef de l’État.

De retour à Conakry en 1976, Roger Quenum se voit refuser l’accès à sa propre maison. L’État lui propose alors un logement à la Cité ministérielle, qu’il occupe en payant scrupuleusement son loyer. Même après sa retraite en 1991, il tente, sans succès, de récupérer son bien de Coléah ou d’obtenir une compensation.

Au fil des années, affaibli par la maladie, il devient la cible de manœuvres de spoliation. Des cadres profitent de sa vulnérabilité pour faire bailler une partie de son terrain, où sera construit le restaurant Le Moov. Malgré tout, Roger Quenum continue de payer son loyer à l’État, avec trois mois d’avance, et refuse de quitter les lieux tant que justice ne sera pas rendue.

Cette situation soulève une question de conscience nationale : comment un homme ayant sacrifié sa carrière et sa vie personnelle pour un pays autre que le sien peut-il finir dans l’oubli et l’injustice ?

Les compagnons de l’indépendance, tels que Roger Quenum dont la chambre d’étudiant servait autrefois de lieu de réunion pour les jeunes progressistes comme Sékou Touré, Naby Youla et Saïfoulaye Diallo , méritent aujourd’hui reconnaissance, compassion et réparation.

Dans les mêmes idées que jeunesseguineenne.com, il pense que la mémoire nationale ne se construit pas uniquement sur les grandes figures connues, mais aussi sur ces piliers discrets qui ont bâti, pierre après pierre, la dignité d’un État libre.

Khalil Djafounouka Kaba

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