
La Guinée, comme de nombreux pays d’Afrique, fait face à un phénomène social préoccupant : la mendicité institutionnalisée, parfois déguisée en griotisme ou en activité culturelle. Ce phénomène ne se limite pas à une expression de pauvreté ou de nécessité, mais a pris des formes qui heurtent la dignité et le vivre-ensemble, transformant certains métiers traditionnels en prétextes pour exploiter autrui.
Aujourd’hui, le griot, symbole historique de mémoire, de parole et de médiation, est dévoyé. Certains individus se cachent derrière ce titre pour mendier. D’autres inventent de nouveaux statuts, comme celui de « crieur », ou d’autres se présentent comme une association des « grandes gueules » de la rue, sur les réseaux et dans les événements publics. Leur démarche n’est plus celle de la transmission culturelle, mais un harcèlement constant, où les cris et les hurlements remplacent le savoir vivre et la dignité.
Ces comportements ne sont pas anecdotiques. Il y a quelques jours, un incident a bouleversé l’opinion publique : des jeunes connus pour ces pratiques parmi eux les plus connus sont Fodé Kolipé Soumah, Agi le King, ainsi que Fodé Fekagni Camara. Ils ont été aperçus en train de hurler dans les oreilles de Mr Kerfala KPC Camara , dans l’espoir d’obtenir de l’argent. Le spectacle était celui d’un incivisme à son paroxysme, où les louanges sont disproportionnées ou dénuées de sens, simplement pour créer une obligation morale chez le donateur.
La nouvelle génération est aussi activement bruyante que les aînés dans le métier.
Pobom, Charles, YaliYali, Lazar et bien d’autres gagnent leur vie dans ça.
Un style de vie ostentatoire : iPhone, voitures, vêtements, argent et même la possibilité de financer des visas et des voyages à l’étranger. Cela illustre comment certains jeunes deviennent facilement des « stars » et parviennent à transformer leur notoriété en revenus, mais pas toujours de la meilleure manière.
Le cercle vicieux est complexe. Ce phénomène est alimenté par la société elle-même mais également et surtout par ces personnes harcelées. Les entrepreneurs, artistes, célébrités et parfois même certains acteurs politiques ou administratifs, partisants de la médiocrité, par habitude et ou par indulgence, participent à ce système, renforçant un mécanisme de dépendance et de harcèlement. Le résultat est un désordre social où le respect, l’éducation et l’humilité sont bafoués, et où la jeunesse guinéenne assiste, choquée, à une érosion des valeurs fondamentales de dignité et de savoir-vivre.
À qui la faute ? La responsabilité est partagée. Les jeunes qui se livrent à ces pratiques assument leur choix, mais la société dans son ensemble, par sa tolérance et son laxisme, contribue à la pérennisation de ce phénomène. Une partie de la jeunesse guinéenne, souvent éduquée et consciente, se retrouve dépassée et choquée par ce spectacle quotidien, où le titre de griot, d’artiste ou de comédien n’est plus synonyme de culture, mais de mendicité et d’agression morale.
« Il est urgent de redéfinir les codes et les valeurs » déclare Khady Touré dans une publication sur Facebook. Le griotisme doit redevenir ce qu’il a toujours été : un art de transmettre la parole et la mémoire, et non un prétexte pour enjoliver la paresse et leurs situations oisives. Les comportements inciviques liés à la mendicité, au proxénétisme déguisé et aux hurlements incessants doivent être réprimés et déconstruits, pour que la société retrouve le respect, l’éducation et la dignité qui sont au cœur de l’identité guinéenne.
La Guinée ne doit pas se résigner à observer ces pratiques comme une fatalité. Elle doit enseigner, responsabiliser et rééduquer, afin que les jeunes générations comprennent que le vrai pouvoir réside dans le travail, la créativité et le respect des autres. La parole, quand elle est portée avec honneur et savoir-faire, reste le bien le plus précieux d’une culture et d’un peuple.





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