Enfant de la Guinée, voix des femmes africaines, et figure emblématique de la diplomatie internationale, Jeanne Martin Cissé incarne une génération de femmes visionnaires qui ont osé franchir les frontières du possible.

Née le 6 avril 1926 à Kankan, Jeanne Martin Cissé est une femme dont le nom résonne avec puissance dans l’histoire de la Guinée , de l’Afrique et des Nations unies. Enseignante, militante, diplomate, elle incarne à la fois le z pour l’indépendance, l’émancipation des femmes et la justice internationale. À travers sa vie, c’est une génération de femmes africaines engagées et audacieuses qui se dessine.

Une enfance entre cultures, langues et rigueur

Fille de Damaye Soumah, sage-femme diplômée de l’école de médecine de Dakar, et de Darricau Martin, employé des PTT d’origine métissée (malinké par sa mère), Jeanne grandit dans une famille où se côtoient plusieurs langues et une grande exigence d’instruction. Elle apprend le français, le soussou, le malinké et le dioula. Très tôt, elle comprend que les savoirs sont des armes pacifiques au service de la dignité et de la liberté.

Elle devient la première jeune fille de Kankan à intégrer l’École normale des jeunes filles de Rufisque (Sénégal), où elle est formée par Germaine Le Goff, une figure marquante de l’éducation en AOF. C’est là qu’elle forge ses convictions féministes et panafricaines.

Des salles de classe à la lutte politique

À son retour, Jeanne devient institutrice puis directrice d’école. Mais la classe ne lui suffit pas : elle s’engage politiquement dans l’Union Mandingue en 1946, puis au sein du RDA (Rassemblement Démocratique Africain) en 1947 après sa rencontre avec Ahmed Sékou Touré. Elle devient une voix essentielle dans la mobilisation féminine pour l’indépendance de la Guinée, et une dirigeante respectée de l’Union Révolutionnaire des Femmes de Guinée.

Diplomate de premier plan, figure internationale

En 1968, elle est élue députée et entre au Comité central du Parti Démocratique de Guinée. De 1972 à 1976, elle est représentante permanente de la Guinée aux Nations unies. En novembre 1972, elle entre dans l’histoire en devenant la première femme au monde à présider le Conseil de sécurité de l’ONU. Une révolution silencieuse.

Elle joue un rôle central dans la Commission spéciale contre l’apartheid et participe activement à la Conférence des femmes africaines, qu’elle préside de 1962 à 1974. Elle est aussi l’une des voix diplomatiques les plus respectées dans la lutte anti-coloniale en Afrique australe.

Une vie marquée par les deuils, la prison et l’exil

Son courage ne l’a pas protégée des épreuves. Son premier mari, Mohamed Camara, décède brutalement dans un accident. Son second mari, Ansoumane Touré, meurt en détention au tristement célèbre Camp Boiro en 1971. Elle-même y sera emprisonnée pendant 13 mois après la chute de Sékou Touré, sans procès ni accusation claire.

Elle quitte la Guinée en 1985, trouve refuge aux États-Unis et continue de militer, notamment au sein de l’Association des femmes africaines pour la recherche et le développement (AFARD).

Une mémoire vivante de l’Afrique contemporaine

En 2009, elle publie ses mémoires, « La Fille du Milo », un ouvrage puissant, à la fois récit personnel et témoignage historique. Jusqu’à sa mort à Conakry le 21 février 2017, elle n’a cessé d’inspirer des générations de femmes africaines et de militants des droits humains.

Elle reçut de nombreux hommages, dont le prestigieux Ordre des Compagnons de O. R. Tambo, décerné par l’Afrique du Sud pour son rôle dans la lutte contre l’apartheid.

Jeanne Martin Cissé, c’est :

  • La première femme à présider le Conseil de sécurité de l’ONU (1972)
  • Une éducatrice, pionnière et directrice d’école dès 1954
  • Une militante de la première heure pour l’indépendance et les droits des femmes
  • Une diplomate respectée dans le monde entier
  • Une survivante des répressions du Camp Boiro
  • Une mémoire vivante des luttes africaines

Citation marquante

« Je suis une femme africaine, fière de mon identité, consciente de mes responsabilités et libre de mes pensées. »

— Jeanne Martin Cissé

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