Par JeunesseGuineenne.com

10 octobre 2025 – Sur les réseaux sociaux guinéens, la frontière entre divertissement et violence s’efface chaque jour un peu plus. Au nom du buzz, de la « rigolade » ou de la recherche d’audience, des centaines de comptes se livrent à un harcèlement collectif, ciblant tour à tour artistes, influenceurs, journalistes ou simples citoyens. Derrière les écrans, la cruauté est devenue spectacle, la haine un loisir partagé.

Un phénomène qui gangrène les réseaux

Sur les plateformes du groupe Meta Facebook, Instagram, WhatsApp le phénomène s’est banalisé. Des figures très suivies, hommes comme femmes, mais aussi de nombreux jeunes anonymes, sont pris pour cibles de campagnes d’insultes et de moqueries. Certains influenceurs et artistes comme (MS, JD, SLG, YS, ZB et MA) eux-mêmes orchestrent ces vagues de haine, conscients qu’un scandale génère plus de vues qu’un message de fond.

À travers des comparaisons humiliantes, des commentaires sur le physique, la diffusions d’images privées ou des vidéos trouvées sur la toile, la “blague” devient une arme. Ces pratiques détruisent des réputations, isolent des individus et fragilisent une jeunesse déjà confrontée à des défis économiques et sociaux.

Beaucoup « confondent » liberté d’expression et liberté d’humilier , analyse une militante qui lutte contre l’injustice, les violences et le harcèlement.
« Le cyberharcèlement, c’est une violence psychologique qui se propage à grande vitesse, sans filtre ni responsabilité. »

Une violence collective sous couvert de divertissement

Le cyberharcèlement s’alimente d’un système complexe : les harceleurs actifs, ceux qui attaquent directement ; les applaudisseurs, qui réagissent et partagent ; et les silencieux, qui regardent sans dénoncer. Ensemble, ils construisent une culture où l’humiliation devient une forme d’appartenance.

Dans ce contexte, les personnalités publiques paient un lourd tribut. Être visible, c’est être vulnérable. Les artistes, animateurs et créateurs de contenu sont exposés à des flots d’insultes, de menaces et de moqueries. Beaucoup choisissent le silence, par peur d’aggraver la situation.

« Certains influenceurs savent pertinemment que leur publication déclenchera une vague de haine, mais ils la postent quand même », déplore un membre de jeunesseguineenne.com. « Ce n’est plus du contenu, c’est du sabotage social. »

Un cadre légal encore insuffisamment appliqué

La Guinée s’est dotée d’une Loi sur la cybersécurité et la protection des données personnelles (n° L/2016/037/AN). Elle punit la diffusion d’informations portant atteinte à la dignité humaine et sanctionne l’injure ou la diffamation commises via internet. En théorie, les bases juridiques existent. En pratique, elles restent peu appliquées.

Faute de moyens, de formation et de procédures adaptées, les plaintes liées au cyberharcèlement s’enlisent. Peu de citoyens savent comment porter plainte, et la plateforme nationale de signalement demeure méconnue du grand public. Résultat : l’impunité alimente la répétition des violences.

Quand les influenceurs deviennent harceleurs

Les influenceurs occupent une place centrale dans cet écosystème. Leur pouvoir d’influence est immense : leurs propos peuvent apaiser ou attiser, construire ou détruire. Or, certains ont fait du buzz permanent un modèle économique, au détriment de la dignité des autres.

Leur responsabilité morale et sociale est engagée. Un mot, une vidéo, un direct peut déclencher des milliers de réactions haineuses. Une charte éthique devrait encadrer leurs pratiques, rappelant que la liberté d’expression ne donne pas droit à la diffamation. Le rire ne peut être un prétexte pour humilier.

Protéger sans censurer

Les défenseurs des droits humains appellent à la vigilance. Combattre la violence numérique ne doit pas servir à restreindre la liberté d’expression. La ligne de démarcation entre critique légitime et harcèlement ou acharnement doit être clairement définie pour éviter toute dérive politique.

Une justice numérique moderne doit à la fois protéger les victimes et garantir le droit à la parole. La Guinée ne peut construire un espace numérique sain que si elle associe la fermeté de la loi à la transparence de son application.

Les mesures urgentes à mettre en œuvre

L’équipe jeunesseguineenne.com recommandent un ensemble d’actions concrètes :

  1. Renforcer la cellule nationale de lutte contre la cybercriminalité et former ses agents à la collecte de preuves numériques.
  2. Simplifier les procédures de dépôt de plainte en ligne et accélérer le traitement des dossiers.
  3. Lancer une campagne nationale de sensibilisation sur les dangers du cyberharcèlement et les moyens de s’en protéger.
  4. Mettre en place une charte d’engagement pour influenceurs et médias numériques, assortie de sanctions professionnelles.
  5. Créer un numéro vert et un service d’assistance psychologique et juridique pour les victimes.

Ces mesures, simples et réalisables, pourraient transformer le paysage numérique guinéen et restaurer un climat de respect mutuel.

Une responsabilité collective

La lutte contre le cyberharcèlement ne se gagnera pas uniquement dans les tribunaux, mais dans les consciences. Chacun, internaute ou influenceur, doit comprendre que chaque clic, chaque partage, chaque rire peut contribuer à une forme de violence.

Protéger les autres, c’est protéger soi-même. Refuser l’humiliation, c’est affirmer que la Guinée mérite un espace numérique digne, où l’expression reste libre mais la dignité inviolable.

Dans une société en quête de stabilité et de justice, garantir la sécurité de tous sur le territoire comme sur internet n’est plus une option. C’est une exigence démocratique.

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